Rara – Pepa San Martin

Project description

Rara c’est le surnom de Sara (incarnée par la brillante Julia Lubbert) jeune adolescente de 13 ans vivant avec sa petite sœur Catalina (interprétée par le jeu tout en douceur et émotions d’Emilia Ossandon), sa maman Paula (Mariana Loyola, célèbre actrice chilienne) et sa compagne Lía, (Agustina Muñoz parfaite dans ce rôle de belle-mère aimante).

Rara, en espagnol, c’est aussi ce qui est rare ou peu commun, étrange.

Rara, le film, c’est une vie de famille pleine d’amour, qui va être bouleversée par la discrimination dirigée à l’encontre de l’orientation sexuelle de Paula. Victor, son ex-époux s’opposant à ce que ses filles grandissent dans une famille homoparentale.

 

Pour son premier long métrage, la réalisatrice chilienne Pepa San Martin s’est inspirée de l’histoire réelle de la juge chilienne Karen Atala qui s’est vu retirer la garde de ses filles en raison de son orientation sexuelle. Une décision judiciaire qui criminalise la maternité homosexuelle. Après une longue bataille judiciaire, la CIADH (la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme) a condamné le Chili pour violation du droit à l’égalité et à la non-discrimination dans un arrêt « Atala Riffo et enfants contre Chili » du 24 février 2012. C’est la première fois que la CIADH reconnaissait un cas de discrimination fondé sur l’orientation sexuelle.

 

Malgré l’adoption d’un PUC (pacto de union civil) en octobre 2015 permettant aux couples (y compris de même sexe) d’enregistrer entre eux une union civile (à l’image de notre PACS français, adopté le 15 novembre 1999), le Chili reste un pays ultra conservateur. L’Eglise catholique a une influence considérable. C’est un pays traditionnel où l’homosexualité peine à être reconnue. Cela laisse imaginer la pression sociale et les préjugés dirigés à l’encontre de l’homoparentalité.

 

Rara délivre avec intelligence un message politique, qui, je l’espère sera le moteur d’un changement social. Je l’ai vu en avant-première en France, lors du festival Ecrans Mixtes mais il est sorti en 2016 au Chili. Il a probablement interrogé une population conservatrice et violente à l’encontre de l’homosexualité. Le cinéma est un média efficace pour identifier et démanteler des positions discriminantes. Ces réponses réflexes contre la peur de la différence sont dictées par une éducation conservatrice. Elles prennent le pas sur le sens même de la vie, l’amour. Quand la tradition dessert notre humanité, il faut y renoncer.

J’aime ce cinéma qui replace le cœur au centre de nos rapports humains. C’est une lutte douce et parlante. Il insiste sur nos similitudes et non nos différences.

 

Rara, ce n’est pas l’histoire d’une famille homoparentale. C’est juste l’histoire d’une famille normale que l’on brise. C’est une définition authentique de la famille, une cellule qui se soutient, qui se protège, qui s’aime, qui avance ensemble. Peu importe que cela ne corresponde pas à la définition juridique d’un Droit poussiéreux.

 

Lía, solaire et aimante belle-mère m’a beaucoup touchée. Elle est amoureuse de Paula et de ses filles, à qui elle se consacre entièrement. Elle participe avec amour à leur éducation.

 

L’histoire est racontée depuis le point de vue de Sara. Cela donne au film une authenticité dénuée de la complication des problèmes adultes. Sara est heureuse avec ses mamans. Elle connaît les difficultés liées à l’adolescence (corps qui change, premiers émois) mais ne souffre aucunement de l’orientation sexuelle de sa maman. Une dispute futile va faire basculer le cours des choses.

Je suis sortie de la séance avec une boule énorme d’émotions. Cette histoire simple m’a bouleversée. Je repars avec des images du film d’une tendresse épurée.

Je vous conseille vivement Rara, une approche quotidienne du cinéma. Un film naturel et profond, drôle et émouvant.

 

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