L’idéal – Frédéric Beigbeder

Project description

Samedi, séance de 18h, l’Idéal par Frédéric Beigbeder, adaptation de son roman Au secours pardon. Son second film en tant que réalisateur.

Je suis très excitée à l’idée de cette satire du milieu de la mode.

Je regarde avec cynisme cette peinture à peine caricaturée de notre société; j’angoisse, je soupire, je souris, je ris, je suis émue, je suis touchée, je ris de nouveau, je respire, j’ai envie de crier « c’est ça, on y est, regardez, regardez les dérives de la société contemporaine ».

Bref, je sors avec le besoin de m’exprimer.

Je ne me permettrais pas de rédiger une critique de film. Ce n’est pas mon job et ceux qui sont payés pour, le font tellement mieux. En revanche, j’ai envie d’exprimer mon ressenti. Une satire de l’industrie de la mode, forcément ça me parle.
On plonge dans le milieu de la mode, un univers où la Femme en est l’égérie et l’esclave. On est en compagnie d’Octave, hédoniste cynique dans le « model scouting » à Moscou. Il est contacté par L’idéal, première entreprise dans le cosmétique. Il forme un duo, malgré lui, avec la belle Audrey Fleurot, Valentine Winfeld dans le film, pour trouver la nouvelle égérie de la marque.

On découvre un univers de l’industrie de la mode à peine caricaturé. L’industrialisation de la mode, le conformisme, la conception de jolis petits moules, les diktats de la société de consommation, la recherche d’un idéal de beauté féminin se font éclater avec cynisme et trash. Déjà, pour cela, un grand merci à M. Beigbeder. Si les ados domptés par la pub, les trentenaires crétins à la recherche de poupées, les vieux riches en mal de jeunesse, les femmes complexées pouvaient y percevoir le ridicule des normes actuelles, ce serait déjà une grande victoire. Beigbeder dit espérer éveiller les consciences sur ce point. Je l’espère aussi, qu’ils verront tous que la beauté aseptisée vendue par les supports médiatiques est insipide, pernicieuse et fallacieuse. C’est de la manipulation commerciale.

J’ai respiré, souvent, en saluant, ma chance, de ne pas appartenir à ce milieu de la mode. Ce monde déshumanisé est tellement éloigné de la douceur et de la stimulation créative que je retrouve dans mon cocon, mon atelier. Ils demandent aux femmes une unicité, un modèle de beauté. Je recherche en chaque femme son unicité. Je remercie les femmes qui m’entourent d’exprimer leur personnalité. Elles sont tantôt fragiles, brutes, suaves, délicates, aimantes, colériques, patientes, battantes. Elles sont riches de leurs contradictions.

Plusieurs fois, je me suis sentie suffoquée. Alcool, drogue, baise, excès en tout genre. J’y retrouve ma génération. On vocifère. On crache nos tripes parce qu’au fond on crève. On se sent mal et on ne sait pas comment l’exprimer. Alors, on sort, on boit, on oublie. On oublie surtout qu’il faudra se réveiller le lendemain matin. Les diktats sociétaux sont inadaptés et pourtant on fonce comme des cons.  Il faut dire que je connais bien ce malaise. Je me suis acharnée pendant dix ans, dans un milieu qui m’a détruite, presque totalement. J’ai eu mon lot de maltraitance intellectuelle.

Manipulation, mépris, épuisement professionnel, burnout, dépression, humiliation, avilissement, atteinte à la dignité, xanax, lexomil, pétage de plombs sont le quotidien de beaucoup trop de jeunes cadres. Alors quoi? La réussite sociale passe-t-elle nécessairement par l’accomplissement professionnel? Faut-il, pour cela, tout accepter? L’accomplissement professionnel est-il incompatible avec une vie de famille? J’ai mes réponses.
Beigbeder nous éclabousse de ce que la société a su inventer de plus superficiel. Esclaves de nos téléphones, avides de sensations fortes, à la recherche de la richesse matérielle, on est perdus. Echec total dans la recherche du bonheur. On a été pitoyables.

Le film aborde alors la naissance d’une famille. L’arrivée d’un enfant recentre. Les aspirations des personnages deviennent en accord avec leur moi interne. On se dirige vers une sérénité, une paix intérieure.

Le dernier tableau m’apaise. Il est esthétique et calme. Loin de l’agitation, les personnages deviennent touchants.

La dernière image me fait sourire mais me tourmente. Toute l’ambivalence d’Octave, du réalisateur, des hommes (?) réapparaît. Regrettent-ils leur frivole jeunesse ou crachent-ils sur leur passé cynique? Ils sont capables de discerner les diktats de la beauté féminine mais sont-ils vraiment capables de s’en défaire? Ils sont parfois aimants et tendres mais ils demeurent insaisissables. Je retrouve souvent cette ambivalence en l’homme. Je la perçois comme une bombe à retardement.  C’est ce qui m’a le plus effrayé dans mes relations avec les hommes. Je dois certainement beaucoup trop manquer de confiance en moi pour dépasser cette ambiguïté masculine.

Pour couronner le tout, le film aborde l’orientation sexuelle, comme il le faut, à mon sens. Elle n’a pas à être définie, juste vécue.

En résumé, l’Idéal est drôle, dénonciateur, visuel et profond. Une très bonne satire, registre trop peu présent dans le cinéma français.
Alors, un grand merci à Monsieur Beigbeder!

 
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