Frantz – François Ozon

Project description

Frantz, vous en avez pensé quoi ?

Voici mon ressenti présenté selon une dichotomie presque manichéenne qui laisse envisager ma déception.

J’ai aimé

Le traitement de l’image en noir et blanc est intéressant. J’apprécie le parti pris artistique du réalisateur de traiter quelques scènes en couleur.

Toutefois, à mon sens, les plans manquent d’esthétisme. Ils ne révèlent pas la beauté, les corps, la sensualité, la noirceur et les failles de ses personnages. Bref, ils manquent d’humanisme.

J’apprécie l’évocation du racisme post-guerre. En 2016, les déchirures franco-allemandes me semblent tellement loin. Mais nous sommes en 1919 et l’inimitié franco-allemande est bien réelle. Ce racisme guidé par un sentiment patriotique m’agace. Il me rappelle à quel point les esprits sont facilement endoctrinés.

Le discours d’Hans, un père meurtri par le décès de son unique enfant, m’émeut. Il a le courage de dépasser son affliction pour identifier le véritable responsable. Lui-même et tous ses compatriotes ont conduit leurs enfants au funeste combat. Quand ils gagnent, leurs ennemis pleurent leurs victimes. Ils pleurent leurs victimes quand leurs ennemis gagnent. Et chacun pleurent ses victimes malgré la victoire. Ce rappel de l’amour universel est le seul et unique moment qui m’a émue.

J’ai aimé la beauté et la qualité du jeu de Pierre Niney. Toutefois, les plans ne sont pas à la hauteur de son charisme et de son génie.

Je ne connaissais pas l’actrice Paula Beer. Je tombe immédiatement sous le charme de son regard, dont la couleur est magnifiée par le noir et blanc. La monochromie en révèle ses contrastes.

Je n’ai pas aimé

Avant qu’Adrien ne révèle la version officielle (à moins que ce ne soit la version officieuse), j’observe chaque détail avec attention. J’imagine qu’Adrien a partagé une passion amoureuse secrète avec Frantz. Je l’imagine ensuite en frère caché ou même en séducteur inconvenant. Je tente de lire les regards d’Hans : rejet, gêne, interrogation, attachement. J’écoute la précision des récits d’Adrien. J’espère que l’intrigue sera à la hauteur de mes attentes.

Mais je vais rapidement être très déçue.

Alors quand Adrien révèle à Anna qu’il vient tenter de trouver le pardon auprès de la famille de sa victime, je ne sais où est le vrai, où est le faux.

L’attention que j’avais accordée au début du film disparaît et je m’ennuie.

Il y a des faux-semblants et je n’aime pas cela. Je me perds entre réalité et artifice. C’est très désagréable.

Bon, si on passe cette tendance versatile du réalisateur à alterner réalisme et artificialité, je n’ai pas aimé non plus la superficialité avec laquelle les sujets sont traités.

Tout manque de profondeur. Le réalisateur était sûrement trop occupé à travailler avec minutie ses trompe-l’oeil.

Dommage, je trouvais cela intéressant d’aborder le racisme post-guerre, le stress post-traumatique, le pardon, le suicide, l’illusion amoureuse, l’attachement malsain et le mensonge.

Ces sujets ne sont abordés à mon sens que pour tenter de donner de l’étoffe à un film qui manque de substance.

Clairement, je me suis ennuyée.

Pire, je ressors en colère contre le réalisateur. Je me sens trahie. Ça manque de sincérité. Ça manque de courage. C’est frileux. Ça ne me parle pas.

Que veut dire le réalisateur ? Je n’en sais rien et je n’ai pas envie de faire le travail à sa place.

Mais c’est peut être ce que recherchait le réalisateur. François Ozon aime jouer la confusion du vrai et du faux. Si c’était son intention, c’est très bien réalisé. En revanche, ce n’est pas le cinéma que j’apprécie. A mon sens, cela masque le travail sociologique, qui constitue l’essence de ce que j’attends de l’expression cinématographique.

Mais, je le sais, le cinéma ce n’est pas que cela. Alors je laisse Frantz aux amateurs d’un cinéma différent du mien.

Pour ma part, je file rédiger mon ressenti sur le dernier film de mon chouchou, Xavier Dolan. Et il y a beaucoup à dire.

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