Captain Fantastic – Matt Ross

Project description

Captain Fantastic

Lors de sa présentation télévisuelle, j’ai failli ne pas passer l’étape du titre. Je pensais à un énième Marvel, pour lequel je ne voulais pas perdre mon temps. La bande-annonce m’a rapidement clouée le bec. On y retrouve Viggo Mortensen dans le rôle de Ben, un père qui élève ses six enfants dans une forêt du nord-ouest des Etats-Unis en dehors du cadre éducatif normé. Au programme : sport, chasse, musique, lecture, développement de l’esprit critique, apprentissage de la nature, etc.

Captain Fantastic est réalisé par Matt Ross, réalisateur, scénariste et acteur américain. Il met en scène dans ce film prudemment politique une famille américaine non-conventionnelle plutôt à l’extrême gauche. Leur culture en marge devra se confronter aux cultures américaines de masse: une Amérique des banlieues et une Amérique aisée.

Pourquoi faut-il aller le voir ?

Ce film a été récompensé en 2016 à Cannes du prix de la mise en scène dans la section Un Certain Regard et d’un double Prix (Jury et Public) au Festival du cinéma américain de Deauville.

« Un Certain Regard » c’est tout à fait ce que propose le film.
Le réalisateur conduit le spectateur à se poser des questions, à découvrir le monde et à sortir de sa zone de confort.

A mon sens, le film est juste. Il interroge sans apporter une réponse prémâchée à un spectateur en pleine remise en cause de ses préceptes.
Pour certains, c’est de la frilosité. Pour moi, c’est une nécessité.
Une réponse empêcherait une véritable introspection, une réflexion personnelle quant au système éducatif. Ce film américain nous épargne une dichotomie de bas étage entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. C’est très appréciable. Vous êtes libres de soutenir Ben, de ne plus le comprendre, de le détester, de l’envier, de le rejeter, de l’aimer.

Le réalisateur apporte des outils pour questionner le système éducatif. Des textes fondamentaux sont évoqués. Noam Chomsky linguiste, philosophe et plus globalement intellectuel américain de tendance anarchiste socialiste est célébré. Mais ce qui semble le plus important dans l’enseignement de Ben est l’esprit critique. Il exerce ses enfants dès le plus jeune âge. Et ceux-ci nous offrent une leçon d’intelligence, de maturité et de connaissances. Le savoir sans l’analyse n’est rien. C’est à mon sens la base de tout système éducatif. Malheureusement, ce dernier ne semble pas en faire sa priorité. J’ignore d’un point de vue scientifique le développement cognitif du jeune enfant. Mais ce film me donne envie de lire toute la littérature afférente.

Qu’est-ce qu’être parent ? Cette question est parfois source d’angoisses. Encore une fois, le film soulève des questions sans apporter de réponse précise mais offre les outils nécessaires à l’introspection. Chacun est libre d’en tirer ses propres conclusions. J’aime cette liberté d’esprit. Elle est prônée dans le film et savamment mise en place dans la réalisation.

Dans Captain Fantastic, la vie est un apprentissage, un cheminement en perpétuelle évolution. J’aime l’espoir de progression qui en découle. Rien n’est enfermé dans des cases indéfiniment.

Ben est un père mais il est aussi un mari que l’on découvre. Un mari qui s’est battu contre la bipolarité de son épouse. Un mari qui a tout mis en œuvre pour gérer les phases euphoriques et dépressives de la maniaco-dépression.
Quand le film interroge la pertinence de ses choix dans cette lutte inique, j’ai le sentiment de chuter. Je ressens une impression vertigineuse teintée de souffrance et de culpabilité.

Puis, Captain Fantastic me donne envie d’aventure. Il réveille mon envie de partir faire le tour du monde en camping car, de me reconnecter à la nature.

En revanche, je n’ai pas été surprise par la réalisation. Les plans sont relativement attendus. L’esthétique vient davantage des paysages que de la direction de photo. Sur ce point, le film est loin d’être anti-conventionnel, mais cela n’est pas dérangeant.

Alors, découvrez Ben, ses enfants brillants et une Amérique profonde subtilement blâmée. Et, préparez-vous à être en désaccord avec vous-même.

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