Barash – Michal Vinik

Project description

La 7ème édition du festival écrans mixtes s’est tenue à Lyon du 8 au 14 mars. Ecrans mixtes, c’est un festival de cinéma portant sur les thématiques LGBTQI (Lesbien, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe). C’est aussi et surtout un cinéma affranchi du modèle social conventionnel et du modèle cinématographique dominant, qui vous propose des films peu diffusés. Sa programmation est toujours l’occasion de découvrir des œuvres différentes et de cultiver les échanges humains.
Ce festival est une bouffée d’air frais avant le printemps, une délicate parenthèse dans un monde hétéro normé où il est difficile de trouver une place. Il donne l’espoir d’un monde dans lequel les différences seraient une richesse et non un motif de rejet.
Je me suis délectée de pouvoir prendre la main de ma compagne sans attirer les regards surpris, curieux ou malveillants de la moitié de la salle.
Lors des projections, j’ai été bouleversée par le regard plein d’amour d’une personne transsexuelle. En dehors de ce festival, comment est-elle observée lorsqu’elle décide de se rendre simplement au cinéma ? Je crains que beaucoup ne masquent qu’à peine leur regard méchant et incompris. Un profond sentiment de tristesse et de solitude m’envahit. Mais, en même temps, je me sentais heureuse de partager ces films avec ces personnes. Je ne connais pas le rejet de l’identité sexuelle mais je connais celui de l’orientation sexuelle. Nous étions tous unis – ou en tout cas sensibilisés – par le rejet et reliés par notre désir d’appartenir à un monde qui nous considèrerait comme ce que nous sommes, des personnes normales, des êtres humains et aimants.

Ami(e)s hétérosexuel(le)s, ce cinéma hétéroclite vous concerne aussi. N’oublions pas que la différence est une source d’inspiration artistique particulièrement importante. Les découvertes artistiques que vous y ferez seront certainement l’occasion d’interroger les normes qui ont construit votre modèle social et vos identités. La pression sociale ne concerne pas que l’orientation sexuelle. Elle s’immisce insidieusement dans de nombreux choix de vie. Elle est destructrice et il faut savoir l’identifier pour s’en affranchir.

Cette année, l’invité d’honneur du festival était Jonathan Caouette, réalisateur de l’immanquable Tarnation (notamment).

J’ai eu le plaisir de découvrir trois films en grande exclusivité, puisque ce sont de belles avant-premières.
J’ai très envie de vous en parler et j’espère qu’ils seront largement diffusés dans les salles.

Le premier film que je vais présenter est Barash (ou Blush pour le titre international).

Barash, c’est le premier long métrage de la réalisatrice israélienne Michal Vinik. Barash, c’est le nom d’une famille d’un petit village d’Israël, dans laquelle grandit l’attachante et désinvolte Naama Barash, 17 ans. Son quotidien n’a rien à voir avec celui d’une jeune adolescente insipide. Alcool, sexe et drogue accompagnent ses aventures.
La rencontre de Dana, nouvelle venue dans son lycée va interroger son désir sexuel. Nous vivons avec elle, cette émancipation sexuelle et découvrons comment peut être la vie d’une jeune fille dans cette Israël contemporaine que nous ne connaissons hélas qu’au travers d’images médiatiques. Comment les familles y vivent ? Et surtout, comment sont les femmes israéliennes ? Quel est leur quotidien ?
C’est là, la force de Barash. Bien plus qu’une romance saphique pour attirer des mâles hétéros en manque de fantasmes, Barash est une immersion dans un pays que nous ne connaissons que trop peu.
Barash dégage un étrange sentiment d’authenticité. Certains le présentent comme le film lesbien de l’année 2017. Je trouve cela réducteur. L’orientation sexuelle de Naama n’est pas la question principale du film. Ce qui l’est, c’est la sexualité féminine et la place des femmes dans cette société. Inutile donc de s’attendre aux insipides et crues (oui, oui, Abdellatif Kechiche a rendu cet oxymore envisageable !) scènes de sexe de La vie d’Adèle.
J’ai alors cherché à en savoir plus sur la réalisatrice. Cela m’a permis de saisir l’authenticité qui se dégage de Barash. Sivan Noam Shimon (Naama Barash) et Hadas Jade Sakori (Dana Hershko) ne sont pas de véritables actrices et dans la vie, elles sont véritablement homosexuelles. Pour une fois, ce ne sont donc pas deux hétéros qui font semblant de s’embrasser. Et plus sérieusement, cela donne un relief particulier au film. Soudain, je repense au regard et au sourire de Naama après une scène d’amour. J’en comprends désormais l’étrange exactitude. Le sentiment de plénitude qu’elle vit n’a pas d’égal ! Pour celles qui comprendront ; elle a vu la lumière !

J’ai été surprise par l’audace de ces femmes israéliennes. Elles semblent tellement plus affranchies que nous. Le patriarche sonore et borné laisse Naama totalement indifférente et détachée. Elle est profondément libre dans un contexte sociétal qui ne l’est pas. J’envie sa liberté ! Une telle liberté de penser c’est l’assurance de ne jamais connaître la dépression, cette sympathique maladie que vous obtenez pour remercier l’échec de vos efforts vains de conformité.
J’ai été touchée par l’amour bienveillant et l’amour inconditionnel de sa mère qui n’ignore pas totalement les dérives de sa fille en soif d’émancipation de la cellule patriarcale dans laquelle elle est « officiellement » cloisonnée.
Elle pleure la disparition de sa fille aînée alors que son goret de mari ne fait qu’hurler. Il est à ce point ridicule et grossier que pour demander de l’aide à un village arabe voisin, il montre sa plus belle verve raciste.

Barash, c’est aussi un personnage complexe, celui de Dana. Son extrême désinvolture est étrangement balancée par une dépendance malsaine à Dracula, un personnage que vous aurez l’occasion de découvrir.

Je souhaite témoigner mes remerciements à l’association écrans mixtes pour la programmation de ce film.
Je vous invite vraiment à aller voir ce film, dès sa sortie, sur nos écrans, en France.

< Retour au carnet d’inspiration