Plaidoyer pour une sexualité affranchie

Plaidoyer
Plaidoyer pour une sexualité affranchie

Commentaires du livre « Les femmes s’emmerdent au lit » de Sonia Feertchak.

Je termine la lecture du livre de Sonia FEERTCHAK, Les femmes s’emmerdent au lit (le désir à l’épreuve du féminisme et de la pornographie) et j’ai envie de vous en parler.

Cet essai n’a pas véritablement entraîné mon adhésion mais il m’a rappelée qu’en matière de sexualité, les diktats sont encore beaucoup trop nombreux. Ils nous empêchent un libre épanouissement.

Et pour La Douce Rébellion, la lutte contre les diktats, c’est vital.

En le lisant, j’ai eu très envie de partager mon ressenti et de militer pour une redéfinition ou plutôt une non définition de la sexualité féminine et masculine.

LA SEXUALITE, UN SUJET ETOUFFE PAR LES NORMES

La sexualité est un sujet encore tabou qui peine donc à sortir du chemin tracé par ses oppresseurs. Classiquement, on peut penser que l’héritage religieux de notre société contemporaine et l’influence toujours présente des structures hiérarchiques et patriarcales dans nos institutions n’ont pas facilité l’épanouissement sexuel où il est analysé comme un moyen de reproduction. C’est vrai mais l’étude historique du plaisir féminin est en réalité plus complexe que cela et très surprenante.

Historique

La construction historique du plaisir féminin mêle de nombreuses confusions: indissociabilité de la fécondité et de l’orgasme, développement des politiques natalistes et prohibition de l’onanisme, masturbation médicale, orgasme médicalement assisté, répression de la masturbation par l’excision dans certains pays, opération du clitoris pour le rapprocher de l’orifice vaginal, théorie de l’envie du pénis, théorie de la passivité, théorie du masochisme féminin, complexe du pénis, etc.
Durant l’Antiquité et le Moyen-Âge, les amants étaient incités à donner du plaisir clitoridien à leurs femmes car le plaisir était lié à la fécondité.

Jusqu’au 19ème siècle, tout va bien pour le clitoris. Il est ensuite oublié car on découvre scientifiquement que fécondité et plaisir sont dissociables. La masturbation est même violemment prohibée. Il faut attendre des travaux scientifiques du milieu du XXe siècle pour reconsidérer le clitoris mais ces travaux sont encore bourrés de préjugés. Ces travaux ont été des plus  opprimants. L’orgasme féminin serait anodin par rapport à l’orgasme masculin. En outre, si on a reconnu que le plaisir féminin existait cela ne devait être qu’en réaction à la sexualité masculine mais n’existant pas en tant que tel.

Freud reconnait que le plaisir clitoridien existe, mais il n’est qu’adolescent, immature. Si la femme ne parvient pas à obtenir du plaisir par le coït, c’est qu’elle est anormale, malade. Elle doit être soignée. Globalement, les recherches conduites sur la sexualité à cette époque par ses homologues arrivent à la même conclusion. Non, mais vraiment ? Vous étiez sérieux les mecs ? Ils devaient avoir de sérieux complexes ces garçons. Vexés de ce que le coït ne serait pas la voie sacrée et automatique de l’orgasme féminin, ils ne cherchent pas à définir une nouvelle forme de sexualité, ils culpabilisent les femmes.

Enrôlées à l’avis général, les psychanalystes femmes conduisant des travaux en la matière se rallient globalement à la pensée freudienne. Marie Bonaparte, l’une des plus ferventes disciples de Freud, dans un délire scientifique invraisemblable va jusqu’à conseiller la correction chirurgicale du clitoris pour le rapprocher de l’orifice vaginal afin de permettre « un orgasme vaginal ».

Williams Masters et Virginia Johnson (oui oui, il s’agit bien de Will et Virginia, nos attrayants protagonistes de la série Masters of sex) ont apporté de nombreuses évolutions quant à la recherche sur la sexualité. Toutefois, ils ont gardé à l’esprit que le coït était la réaction dépendante de l’orgasme et ont cherché à corriger les dysfonctionnements sexuels liés à la pénétration (vaginisme et dyspareunie).

Ce qui est problématique est cette systématisation du plaisir par le coït. Parce que la reproduction passe par le coït, le plaisir devrait nécessairement en dépendre. C’est erroné et extrêmement réducteur. « Mais dans notre imaginaire, notre culture, nos représentations artistiques, la relation sexuelle est une pénétration. Or le clitoris ne se pénètre pas. » (Maïa Mazaurette et Damien Mascret, in La revanche du clitoris).

Alfred Kinsey s’éloigne lui complètement du travail freudien en mettant en avant l’importance du clitoris.

Il ne faut évidemment pas minimiser l’importance de la pénétration pour l’homme et la femme mais il faut cesser d’en faire la base de toute sexualité. Et, il ne faut pas oublier l’unicité de chaque femme et de chaque couple. L’orgasme devrait s’appréhender dans sa réalité sexuelle et émotionnelle.
Ces recherches scientifiques du XXe siècle ont opprimé la libido des femmes. Elles les ont fait culpabiliser, se sentir anormale. Elles ont glacé le lit de bien trop d’amants. Ce système de pensée est hélas toujours ancré dans beaucoup d’esprits.

Aujourd’hui

Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, il y a eu, heureusement, quelques avancées en matière de sexualité. La découverte de la contraception et l’autorisation de l’IVG ont contribué à s’éloigner de l’image de la sexualité comme construction familiale, un système familial fondé sur un impératif de virginité (en particulier pour la femme).
Pourtant, la sexualité peine à s’affranchir du conformisme social culpabilisant les plaisirs du corps.
Le rigorisme religieux, l’école, les groupes de référence, la morale, l’éthique, la bienséance, le respect des traditions, la pudeur et surtout notre inquiétante propension conservatrice à ne jamais remettre en cause des acquis étouffants font de la sexualité un sujet tabou. Dans la sphère privée, sa pratique est sous l’influence de codes oppresseurs. Pourtant, c’est une industrie qui affole les chiffres.
Notre perception de la sexualité est ambivalente. Vice, perversion et immoralité ou plaisir, volupté et bien-être? L’influence de nos codes sociaux culpabilise nos élans charnels. Résultat, les amants se comportent trop souvent comme des pantins dirigés par une codification charnelle désincarnée. C’est comme ouvrir les yeux sans voir. C’est insensé et froid.
L’héritage culturel rassure inconsciemment et structure notre système cognitif mais il nous éloigne de nos désirs intimes. Il n’incite pas le lâcher-prise pourtant indispensable en matière de sexualité.
Les préjugés en matière de sexualité sont présents et culpabilisateurs et l’éducation par l’école, la famille et les groupes de référence est presque nulle. Résultat, l’ignorance de ses pratiquants et de ses pratiquantes est surprenante. L’organe sexuel féminin est particulièrement méconnu. Trop souvent réduit à son aspect extérieur, gland et capuchon, le clitoris est en réalité un organe constitué d’une double arche dont la taille est d’environ 12 à 15 cm. C’est un organe possédant trois fois plus de terminaisons nerveuses que le pénis et c’est le seul organe dédié uniquement au plaisir. Et comme le pénis, le clitoris est un organe érectile. Il est encore beaucoup trop méconnu aussi bien par les hommes que par les femmes.
Combien confondent urètre et orifice vaginal ? Si on expliquait aux garçons que le clitoris est une sorte de pénis interne (que les organes sexuels ne sont distingués qu’à partir du troisième mois chez l’embryon), je suis certaine qu’ils se développeraient avec moins d’inquiétude et plus d’imagination quant au plaisir à apporter à une femme.

Que dire des trop nombreux clichés sur la sexualité masculine et plus généralement sur la masculinité? Les hommes croulent sous d’oppressantes attentes. Ils apprennent très tôt à être forts, sans faille, sportifs, musclés, ambitieux, compétiteurs, dominants et protecteurs. Les larmes et les démonstrations d’affection sont réservées aux femmelettes.
Les médias véhiculent une virilité musclée et simpliste. Si tes abdos ne sont pas sculptés dans la pierre comme l’éphèbe de la pub Invictus, Nick Youngquest pour les amateurs de sport, ben il ne te reste plus qu’à être drôle et intelligent.
La gente féminine, elle-même sous l’influence de codes oppressants a des attentes parfois confuses. Elle exige beaucoup mais met du temps à accorder sa confiance à ces obsédés infidèles. Les femmes attendent des hommes en mode super-héros mais les émasculent bien trop souvent.
Sans s’en rendre compte, elles adoptent parfois des attitudes castratrices qui n’aident évidemment pas à l’harmonie dans le couple y compris dans sa dimension sensuelle. Je comprends que certains hommes soient désorientés.
Ces multiples attentes enferment les hommes dans un rôle qui ne leur correspond pas toujours. Cela donne des amants emprunts d’automatisme qui s’emmerdent aussi au lit dans un répétitif va-et-vient, une éjaculation aseptisée et un orgasme sans panache.

Il est temps de revoir la définition traditionnelle et automatique du sexe.

C’est dans cette optique que j’ai souhaité lire « Les femmes s’emmerdent au lit ». Je suis coupable d’avoir mis trop d’espoir dans cet essai. J’ai probablement été enthousiasmée par son titre racoleur. Clairement, je me suis laissée berner. Pour autant, cet essai présente quelques réflexions intéressantes et a réveillé en moi, l’envie d’écrire sur un sujet qui a grand besoin d’émancipation.

Résumé

Pour l’auteur, si les femmes s’emmerdent au lit c’est qu’à cause du féminisme et de la pornographie, leurs amants sont devenus trop doux, trop émasculés et qu’ils n’osent plus montrer leur désir ardent, témoin de leur virilité débordante. De la virilité musclée voire déviante (mais consentie bien entendu), elle en a besoin Sonia Feertchak pour se sentir désirée. Les femmes auraient besoin selon elle d’être objetisées, de devenir l’objet érotique d’un homme. Soit… Je conçois que ce soit parfois le cas mais fallait-il en faire une telle généralité?
Je tente de dépasser mes certitudes en la matière et me rappelle l’étonnant succès de cinquante nuances de Grey. Allez, je me prépare à sortir de ma zone de confort.

J’AI AIME

. Sonia Feertchak nous livre un essai très intime. C’est osé et généreux.

. Il ne faut pas s’arrêter à l’apparente trivialité du titre. Il est bien plus subtil qu’il n’y paraît et sa familiarité ne doit pas cacher la qualité d’écriture de son auteur. Elle a une plume singulière Sonia Feertchak. Une plume universitaire mais désinvolte, piquante, descriptive mais parfois beaucoup trop longue. Moi qui apprécie particulièrement la prose libre et séditieuse, je me suis parfois ennuyée.

. L’auteur aborde avec justesse la différenciation entre le désir et l’excitation. Elle regrette que le cinéma ne mette pas suffisamment en scène le désir, bien plus subtil que l’excitation. Cette systématisation dans la représentation visuelle de la sexualité est préjudiciable puisqu’elle nous éloigne de la connaissance du désir. La pornographie est trop souvent le médiocre professeur d’un apprentissage sexuel abandonné par les parents et l’école, par pudeur, préjugés et méconnaissance. Pourtant, je suis persuadée que l’étude de la naissance du désir trouverait parfaitement sa place dans un programme de S.V.T ou même de philosophie.

. La théorie de la différenciation physiologique des désirs entre homme et femme est intéressante. L’auteur oppose la vulnérabilité de l’intériorité du sexe féminin comparativement à l’érection musclée du sexe masculin. Il en découlerait une position de faiblesse naturelle, de fragilité. Pour Sonia FEERTCHAK, cette donnée simple et irréductible devrait être enseignée très tôt.

JE N’AI PAS AIME

Globalement, j’ai été déçue par cet essai. Il n’est pas à la hauteur de son titre culotté et audacieux.

La généralisation excessive

Ce qui m’a le plus embarrassée c’est la généralisation employée par l’auteur. Sa plume semble englober l’ensemble de la gente féminine. Cette extrapolation me gêne beaucoup. Il ne s’agit pas d’un travail scientifique ou d’une étude sociologique mais d’un témoignage personnel. Ce point devrait être spécifié.

Dans cette généralisation, l’auteur va jusqu’à catégoriser les hommes et les femmes de sa génération. La féminette est la combinaison d’une féministe et d’une midinette. La féministe interprète le désir masculin comme une agression. La midinette en demande elle, du désir masculin et vigoureux s’il vous plaît. Cette dualité qui s’exprimerait en chaque femme serait la source d’un conflit interne incessant.

Le nouveau garçon est le fils rêvé de toutes les belles mères. Il est doux, courtois, respectueux et attentif aux désirs de sa midinette. Mais la midinette s’emmerde avec son eunuque.

Il y a probablement une part de vrai. Toutefois, une telle généralisation est limitée et dangereuse.
Ces étiquettes correspondent certainement à son expérience. Et Il y a une part de vrai dans la confusion de ce que l’on attend des hommes. Mais encore une fois, et c’est justement là le problème, on attend encore une fois d’eux, qu’ils fassent preuve de vigueur dans leur désir.

Cela rend pour les hommes, la sexualité féminine plus complexe, anxiogène et confuse.

Le plaisir masculin occulté

L’auteur attend beaucoup des hommes. Ils doivent lui montrer à quel point ils la désirent. Tels des scouts toujours prêts, leurs états d’âme importent peu. A aucun moment, cet ouvrage n’envisage l’attente masculine. Comment peut-on envisager un rapport biparti sans partage?
A aucun moment, elle n’envisage le désir de désirer l’autre, le désir de lui donner, le désir de le voir s’abandonner. C’est tout un pan de la rencontre sexuelle qui est occulté.

Cesser de faire culpabiliser les hommes

A exiger que la gente masculine témoigne avec une puissance virile son désir, Sonia FEERTCHAK sème le trouble sur les attentes féminines. Plutôt que d’éclaircir les rapports, cela complexifie les choses. Encore une fois, tout repose sur les épaules masculines. Cela fait endosser aux hommes la responsabilité d’un acte sexuel raté. Pourtant, c’est un acte qui s’envisage à deux. Beaucoup de femmes devraient cesser de se laisser guider passivement par leur partenaire pour imposer leur rythme et leurs attentes plutôt que de laisser les hommes patauger pour trouver les clés de leur mystère.

L’expression restreinte de la virilité

De la virilité, elle en désire Sonia FEERTCHAK.
La virilité, serait l’expression à peine contrôlée du désir masculin. En réalité, c’est son approche personnelle. Et, il faut le souligner.
C’est limité.  La masculinité et de féminité n’ont pas à être enfermées dans des cadres.

L’unicité des rencontres

Cet essai ne soulève absolument pas l’unicité de chaque rencontre. La rencontre de deux corps est unique et ne saurait répondre à des cadres définis et encore moins à une définition aussi restrictive du rapport hétérosexuel. Un désir ardent masculin à la limite du contrôle et de la violence et un désir féminin d’assujettissement à son roi.

La problématique recherche d’une violence automatique

Cette forme de violence automatique, nécessaire à chaque rapport cache selon moi un véritable ennui. A moins qu’il ne s’agisse d’une fuite?! L’abandon de soi peut effrayer et il est rassurant de le structurer dans une routine. Toutefois, c’est renoncer à l’unicité de chaque rencontre et à la diversité sexuelle.
Il est intéressant de libérer la sexualité et en ce sens déculpabiliser les amants qui souhaitent plus de bestialité dans leurs ébats. Toutefois, n’envisager que cette forme de rencontre sexuelle ne participe pas à la libéralisation de la sexualité. Encore une fois, elle est enfermée dans un cadre, un automatisme rassurant. Libérer la sexualité c’est au contraire ne pas la définir.
L’auteur a certainement interprété le succès commercial de la saga Cinquante Nuances de Grey comme la confirmation que son désir d’amants brutaux était celui d’une génération de féminettes. C’est à mon sens, une analyse trop limitée du succès de ces romans. C’est une saga accessible au grand public et qui au final évoque davantage la montée du désir chez l’héroïne que la sexualité atypique. Ce succès médiatique confirme en tout cas que la sexualité féminine est dorénavant davantage ouverte aux explorations. Et c’est tant mieux!
En revanche, il ne faut pas en conclure que toutes les femmes souhaitent tous les soirs des amants à la véhémence violente.

Une analyse avortée

Sonia FEERTCHAK identifie parfaitement que c’étaient les normes féminines qui l’empêchaient de répondre à son désir d’être assujettie. Ce constat aurait mérité d’être approfondi.
La dichotomie entre les hommes et les femmes est étouffante. Elle provient de la construction de l’image sexuelle véhiculée par l’histoire, le féminisme et l’opposition à la pornographie. L’auteur relève ce poids mutilateur mais limite son analyse au besoin féminin de soumission à une puissance masculine.

Il faut aller plus loin dans la déconstruction des standards féminins et masculins.
Les femmes auraient besoin nécessairement de tendresse, de mots doux, d’un conditionnement particulier pour venir à l’orgasme. Les femmes seraient incapables de prendre du plaisir dans une relation purement physique.
Au contraire, les hommes seraient des machines, des robots, incapables de connaître un orgasme émotionnel.
C’est réducteur et hélas, cette division dicte encore beaucoup trop les rencontres amoureuses.

Un essai hétéro normé

Dans une société judéo-chrétienne endoctrinée, la norme ne peut être que l’hétérosexualité. Cette société sous l’influence de codes désuets peine terriblement à envisager l’union amoureuse comme la rencontre de deux êtres sans égard à leur sexe.
Que Sonia FEERTCHAK n’ait pas à s’excuser de n’aimer que les hommes évidemment. Ce n’est pas le propos.
En tout cas, cet ouvrage n’envisage absolument pas le désir de certaines femmes, de découvrir le saphisme.
Sonia FEERTCHAK est troublée par le désir véhément d’un homme. Elle a besoin de se sentir désirée. Ce sentiment peut naître de situations très variées. Quel désir troublant que celui d’une femme étiquetée hétérosexuelle pour une autre? Il faut parfois s’autoriser à sortir de sa catégorisation sexuelle.
Sonia FEERTCHAK évoque la puissance physique du désir. Que dire de l’intensité de certains regards capables de vous secouer jusqu’à la moelle? Quand le regard se fait l’expression sans filtre d’un désir ardent que notre société excisée interdit, il est pur et d’une énergie intensément humaine.

La recherche de l’orgasme féminin

On lit très souvent dans les revues féminines et les articles consacrés à la sexualité qu’il ne faut pas rechercher à tout prix l’orgasme féminin. Pire, d’après ces billets mal renseignés, l’orgasme féminin serait moins intense et plus difficile à obtenir que l’orgasme masculin. C’est en réalité tout l’inverse.
Selon Sonia FEERTCHAK, la recherche de l’orgasme féminin à tout prix est castratrice.
J’ai le sentiment que les partenaires sont résignés. L’orgasme féminin serait bien trop complexe pour mériter une invitation à chaque rapport.
La vérité, c’est qu’il y a eu trop d’erreurs sur l’organe sexuel féminin. Les amants (et amantes) comblent leurs lacunes en culpabilisant cet organe méconnu. Alors, oui, évidemment, une union physique ne se réduit pas à l’orgasme. Toutefois, trop souvent la relation charnelle hétérosexuelle est clôturée par l’éjaculation masculine.
Si toutes les femmes ne parviennent pas à jouir au cours d’un rapport, ce n’est pas que leur orgasme est plus lent, c’est que l’acte sexuel tel qu’il a été envisagé n’a pas permis une stimulation correcte de leurs zones sensibles. Il faut cesser de faire culpabiliser les femmes en leur opposant qu’elles ne se lâchent pas assez voire qu’elles sont frigides.
Je pense qu’une meilleure appréhension de l’anatomie féminine diminuerait la pression que les amants (et amantes) ressentent quant à l’orgasme féminin. Libéré, l’orgasme serait plus accessible.

CONCLUSION

L’auteur détecte qu’elle était étouffée par des diktats et qu’elle a eu besoin de s’en défaire pour vivre une sexualité épanouie. C’est le message essentiel de cet essai.

Il m’a rappelé qu’en matière de sexualité, les clichés sont encore bien trop présents.

Il faut aller plus loin :

STOP AUX AUTOMATISMES

Trop de préjugés étouffent notre sexualité:
. Les clichés sur la sexualité masculine et plus globalement sur la masculinité
La société enferme la masculinité dans une définition restreinte et exigeante. Ces éphèbes n’ont pas le droit de faillir. Dans ces conditions, le lâcher-prise, l’abandon sexuel n’est pas facilité.
Les fausses croyances sur la sexualité féminine et l’absence de dialogue n’aident pas à l’harmonie des couples.
Cela donne des amants désorientés, lassés de satisfaire des exigences mystérieuses, dont les va-et-vient ne deviennent que l’exécution d’un devoir inscrit depuis des millénaires. Et voilà, comment deux amants s’emmerdent au lit.

. Sortir de la normalité prescriptive des gestes charnels
Il faut lâcher le vieux modèle routinier des relations sexuelles.
Distinguer les « préliminaires » de l’acte en tant que tel (le coït) est déjà problématique. Il n’y a pas de raison pour que l’intimité physique hétérosexuelle doive commencer par des préliminaires, se poursuivre par un coït et s’achever par l’orgasme masculin. Et il n’y a aucune raison que le coït fasse automatiquement et systématiquement parti des rapports hétérosexuels. Il n’existe pas de standard de performance sexuelle, ou en tout cas il ne devrait pas en exister.
Il est plus agréable de commencer des jeux sexuels sans savoir exactement où on va. Ayons de l’imagination!

. Supprimer la ridicule dichotomie entre l’orgasme clitoridien et vaginal
On se croirait sur un ring, dans une battle dont Freud serait l’instigateur.
Cela fractionne les femmes et enferment certaines dans une supposée frigidité.
Plus globalement, l’extrême catégorisation de notre société est étouffante. On se croirait dans le menu d’un site porno: vaginal/anal, femmes fontaines, MILF, point G/point C, straight/bi/gay, SM ou autres phallocratie et clitocratie.

. Cesser de problématiser
Merci à notre société rassurante qui rend malade mais qui sauve grâce à ses médocs.
Nous étions rassurés de soigner notre inadaptation par des antidépresseurs, nous voilà rassurés de réveiller notre libido par des cachetons.
Panne, impuissance, anorgasmie, anéjaculation, frigidité, vaginisme, nous en avons des problèmes! Qu’on se rassure, cela fait le bonheur des sexologues et remplit de théories loufoques les encyclopédies médicales.
Plus sérieusement, il n’y a de troubles sexuels que par comparaison à un idéal. Il faut s’en écarter pour vivre plus sereinement avec sa sexualité.
Il n’y a pas d’objectif à remplir ni d’idéal à atteindre. Il y a autant de types de sexualités qu’il y a de personnes et de couples. Il faut cesser de problématiser sans cesse. Difficile dans une société judéo-chrétienne marquée par la culpabilité…

Vers une non-définition du sexe

La sexualité n’a pas à être définie mais éprouvée. Chacun est libre de l’appréhender à sa manière.
Il faut accepter de se lâcher et de se laisser surprendre par les rencontres.
Et ne jamais oublier de partager et de dialoguer plutôt que de stigmatiser.

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