Les caisses automatiques d’Auchan

Brèves d’actualité

Hier matin, j’écoutais la radio et un fait d’actualité m’a fortement rappelée un film que j’ai visionné cette semaine, Discount, de Louis-Julien Petit. Des caissières du groupe Auchan menaient une journée d’action vendredi 13 janvier. La direction prévoirait des suppressions de poste en raison de l’arrivée de caisses automatiques. La direction dément ces suppressions mais les syndicats maintiennent leurs affirmations.

Je ne m’attarde pas sur le fait de savoir qui a raison. L’enjeu est bien plus important selon moi. La robotisation des supermarchés est une réalité.
Et les arguments des financiers, sortis de leur masturbation intellectuelle ne me convainquent pas.
Les caisses automatiques seraient un gain de temps et une amélioration du service pour les clients. En outre, elles sont une manifestation des prouesses techniques dont l’homme est capable. Ces arguments qui semblent d’une évidence patente pour certains, me laissent un goût amer. Je ne cède pas à leur facilité élémentaire. Est-ce véritablement un gain de temps ? Le service sera-t-il plus agréable ? Est-ce une prouesse technique que de robotiser nos relations ?
En réalité, mais ça, c’était en off à la radio, les caisses automatiques diminuent la charge salariale (c’est la classique substitution capital/travail pour augmenter le rendement financier).
Mais après tout, qu’est-ce qu’il y a d’étonnant à ce que ces groupes souhaitent améliorer leurs profits ? Leur activité consiste justement à créer de la valeur monétaire.
C’est tellement ancré dans nos habitudes de consommation que l’on ne s’aperçoit plus qu’il serait préférable d’acheter nos fruits, légumes et viandes, directement à leurs producteurs. Nous préférons lâcher nos euros à des supermarchés, qui ne produisent évidemment rien mais qui se nourrissent de cette transaction. Plutôt que de consommer local, on achète des produits qui ont parcouru toute l’Europe, une source de pollution conséquente. Le plus dérangeant, c’est que l’on ne s’aperçoit même pas de l’anomalie de ce système. C’est une norme à laquelle notre esprit ne pense même pas à déroger.

Notre culture est monétaire. Nous sommes immergés, depuis l’enfance, dans un monde où l’argent est roi.
Mais cela me heurte que la recherche de production monétaire prime l’être humain. Dans un monde humain, la recherche de notre épanouissement devrait être la priorité.
A quel moment l’argent est-il devenu la priorité absolue, le moteur même de toute action ?
Alors, je ne peux m’empêcher de revenir à la fonction primaire de la monnaie, un outil d’échange qui s’est substitué au troc traditionnel (marchandise contre marchandise). C’est simpliste. Un enfant de 4 ans comprend. Aujourd’hui, l’argent, c’est les stock-options, les dividendes, les actions au porteur, les asset backed security, de jolis indicateurs (average true range, accumulation swing index, etc.), de brillantes stratégies de trading, etc. C’est complexe et ça dépasse les non-économistes.

Avec notre intelligence incroyable, on a fondé un joli petit système capitaliste.
Alors, je m’interroge de nouveau. Pourquoi l’argent a-t-il cette dimension sociale par essence discriminatoire ? Quelle est la fonction de l’argent ? C’est un débat historique, économique, sociale et philosophique dont la complexité m’échappe totalement. Toutefois, je ne peux m’empêcher de m’interroger.
Les échanges strictement marchands étaient-ils plus sains ? L’échange marchand ne ramenait-il pas déjà les relations humaines à des relations d’intérêt ? Ce modèle utilitariste qui structure les conduites humaines m’ennuie. Je ne pensais pas arriver à cette conclusion. Selon moi, l’extrême valorisation que l’on accorde à l’argent était responsable. Le problème est en réalité bien plus complexe. L’argent est un fait social total. S’interroger à l’argent conduit indubitablement à s’interroger à l’être humain. L’argent déborde de ses fonctions économiques. Alors quoi, on est destiné à vivre dans un monde où nos rapports ne sont qu’utilitaristes ? Je n’y crois pas !

C’est un débat dont la complexité déborde le cadre d’une telle brève mais l’essentiel serait déjà de s’investir dans une véritable réflexion sur l’argent, malgré nos préjugés et nos représentations spontanées, tant l’argent est inscrit dans notre monde. Quelle importance a-t-on envie d’y accorder ? Quel sens veut-on donner aux échanges humains ?

Prenons la juste distance nécessaire.
Ne soyons pas esclaves d’un système que l’on a créé à notre service.

Je vous laisse en compagnie d’un titre de Cabadzi, qui donne à réfléchir.

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